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Les livres qui nous ont marqués : “Internet rend-il bête ?” de Nicholas Carr

Après avoir été loué comme l’invention du siècle, Internet est aujourd’hui la cible de critiques le citant comme responsable d’un déclin de la pensée et de la concentration, en particulier chez les populations les plus jeunes ayant grandi avec ce nouveau média. Nicholas Carr a ainsi publié un ouvrage intitulé “Internet rend-il bête ?” dans lequel il analyse les effets pervers d’Internet sur son esprit. Mais qu’en est-il vraiment ? Les effets vertueux du Web seraient-ils eclipsés par ses effets pervers ? En clair : Internet rend-il moins intelligent ?


Internet : un savoir illimité à la portée de tous

Grâce à Internet, nous vivons aujourd’hui dans l’ère de l’information immédiate, continue et abondante. Ce formidable outil nous donne accès à une infinité de contenus divers, et ce de façon gratuite et instantanée. Cette abondance d’informations a de nombreux côtés positifs. Au-delà de nous informer de manière efficace et souvent gratuite, on peut considérer que cette diversité de contenus nous permet de nous ouvrir sur le monde et d’accroître notre savoir. Néanmoins, si les nouvelles technologies et l’accès à l’information sans précédent qu’elles permettent ont un impact immensément positif sur nos sociétés, présenteraient-ils également des effets pervers ? Internet nous asservirait-il plus qu’il nous rend service en nous bombardant constamment d’informations et de stimuli cognitifs ?

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La fin de la concentration et du raisonnement ?

Les avancées des sciences cognitives ont permis de montrer que le cerveau adulte s’adapte aux technologies intellectuelles qu’il utilise, et que l’hyper-connectivité dans laquelle nous baignons à l’heure actuelle nous rend moins attentifs et dissout notre concentration. Nous nous retrouvons ainsi dans un état de distraction permanente. Certains arguent que cet état de dispersion empêche de développer des raisonnements profonds et bride notre réflexions, nos esprits surchargés d’informations ne sauraient ainsi plus différencier une information importante d’une information triviale.

Pour le journaliste et bloggeur Nicholas Carr, auteur du livre Internet rend-il bête ?, le Web serait responsable d’une mutation de la pensée et de la mémoire. Carr explique avoir observé qu’il n’arrivait plus à se concentrer et à raisonner comme avant, et tente d’expliquer ce changement en analysant les effets d’Internet sur nos esprits. Et nous sommes nombreux à pouvoir nous reconnaître dans ses observations : en effet, beaucoup connaissent le phénomène de Web errance qu’il décrit, qui consiste à se balader sur la toile sans objectif particulier, ouvrant des dizaines d’onglets dans son navigateur. Rares sont ceux qui n’ont jamais interrompu la lecture d’un article pour répondre à un message, regarder une vidéo YouTube ou réviser une notification … Or le cerveau, même à l’âge adulte, est plastique, malléable, et s’adapte aux stimuli qu’il reçoit, créant ou abandonnant ainsi des habitudes. On peut donc s’inquiéter d’une dégradation graduelle de nos aptitudes intellectuelles sous l’influence de l’infotainment et du zapping permanent que favorisent les réseaux sociaux. En effet, contrairement aux médias traditionnels, qui nécessitent qu’on fasse le vide autour de nous lorsqu’on les consulte (pour lire un livre ou un journal par exemple), Internet est le royaume du multitasking, nous invitant à nous connecter toujours davantage et à partager les contenus consultés. Et on ne compte plus les études démontrant que le multitasking entraîne une baisse sensible de productivité et une dispersion de l’attention …

Tout cela a des fondements scientifiques : notre mémoire court terme (aussi appelée mémoire de travail) n’enregistre que très peu d’informations pour les inscrire dans la mémoire long terme, et nécessite pour cela un temps de compréhension. Avec notre consommation boulimique d’informations sur Internet, notre mémoire de travail est surchargée et ses capacités à les enregistrer son dépassées. Or, la profondeur de notre raisonnement est liée à la collaboration entre mémoire de travail (à court terme) et mémoire à long terme, par conséquent lorsque la première est pleine et ne peut pas être mobilisée, c’est notre capacité à raisonner qui en pâtit. Enfin, l’immensité d’Internet et le nombre infini d’informations qu’il met à notre disposition peuvent entraîner une sorte de désorientation, et mener à une dispersion de notre attention.

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Le problème est-il Internet ou l’usage que l’on en fait ?

Mais le problème ne serait-il pas plutôt l’usage que nous faisons d’Internet plutôt que l’outil en lui-même ? Si les bénéfices du Web sont incontestables (l’information, la découverte, l’ouverture sur le monde, le partage …), il semblerait en effet qu’un usage excéssif ou mal maîtrisé viendrait les contrebalancer d’effets pervers. Outre l’impact négatif sur la concentration, les phénomènes de FOMO (Fear of Missing Out) et FOBO (Fear of Being Offline) dont nous avons parlé récemment se développent chez les digital natives, et certains décrivent même leur utilisation d’Internet comme une addiction, ayant du mal à s’en éloigner pour s’inscrire dans la réalité.

Mais ces aspects négatifs ne peuvent-ils pas être limités par une utilisation plus intelligente du Web ? C’est ce que certains affirment, conseillant de faire ponctuellement des “digital detox” pour se reconnecter avec notre vie offline. De nombreux outils émergent également pour nous aider à faire un meilleur usage de notre temps et éviter de se disperser et de procrastiner, deux écueils bien connus du Web : Freedom, Self Control ou Focus par exemple permettent d’être plus productif et concentré en bloquant l’accès à certains sites. Par ailleurs, les réseaux sociaux et certains médias sont en train d’évoluer pour devenir plus pertinents et moins invasifs : Facebook vous permet de personnaliser votre flux d’actualité et les notifications que vous recevez, Twitter d’organiser vos abonnements en les regroupant en listes, Instagram prévoit un changement de son algorithme pour que ses utilisateurs voient en priorité des contenus avec lesquels ils sont les plus susceptibles d’interagir … A nous donc d’optimiser notre utilisation d’Internet et des réseaux sociaux pour n’en tirer que le meilleur.

Posté le 8 avril 2016 dans Les livres qui nous ont marqués

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