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Les réseaux sociaux ont-ils tué le lien social ?

En cette fin 2015, les diatribes anti-réseaux sociaux sont devenues presque banales. Les remarques du type “les gens ne se parlent plus, tout le monde a le nez rivé sur son smartphone” sont désormais l’équivalent du “y’a plus de saisons, ma petite dame”. Alors qu’un certain ras-le-bol des réseaux sociaux semble s’installer chez certains, on s’est demandé si ces derniers étaient finalement créateurs ou destructeurs de lien social.


Vous avez sans doute déjà vu passer la vidéo “Look up” sur vos fils d’actualités. Ce petit film de 5 minutes, publié en avril 2014 et visionné près de 55 millions de fois (oui, oui) sur YouTube, dénonce l’aspect désocialisant des nouvelles technologies et affirme que les réseaux qu’on appelle “sociaux” portent mal leur nom. Son auteur, Gary Turk, s’exprime dans la vidéo et proclame « J’ai 422 amis et pourtant je suis seul. Je leur parle à tous chaque jour et pourtant, aucun d’eux ne me connait vraiment ». Pour lui, les réseaux sociaux nous procurent un  sentiment d’appartenance mais il ne s’agit que d’une chimère, en réalité ils nous laisseraient plus seuls et déconnectés que jamais. En effet, Turk explique que l’omniprésence des réseaux sociaux dans nos vies nous écarte chaque fois un peu plus de la “vie réelle” et nous éloigne les uns des autres, remplaçant les “vraies” interactions en face-à-face par des communications digitales intermédiées.

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« Look up »

La vidéo, un poil mélodramatique, nous raconte l’histoire d’un jeune homme qui passe à côté de la femme de sa vie parce qu’il regardait son smartphone au moment où elle passe devant lui dans la rue. Cette petite fable est assez convaincante et il est facile de s’abandonner à son argumentaire bien rôdé : les réseaux sociaux, ce mal des temps modernes, nous auraient rendus esclaves de nos smartphones et, plutôt que de renforcer le lien social, nous couperaient du monde réel. Depuis, on a vu fleurir ce discours un peu partout sur le web, et l’idée de Digital Detox semble même avoir acquis des porte paroles, à l’instar d’Essena Oneill, qui a créé un véritable ras-de-marée en annonçant en novembre dernier qu’elle se retirait des réseaux sociaux qu’elle jugeait néfastes à son équilibre mental.

Plus récemment encore, la vidéo “Instagram Husbands” met en scène des hommes victimes de leur épouse, accro à l’application de partage de photos. Sur un ton plus humoristique, la vidéo pointe du doigt les dérives de certains utilisateurs extrêmes qui ne vivent plus que par leur smartphone et mettent en scène leur quotidien pour s’assurer un nombre minimum de “Like”. Elle s’attaque ainsi à un autre aspect décrié des média sociaux : leur propension à nous plonger dans un monde auto-centré, où chacun se met en scène et ne partage sa vie que sous son meilleur jour, comme pris dans une course à la vie la plus cool.

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« Instagram Husbands »

Mais alors, les réseaux sociaux entrainent-ils une perte de lien social réel ? Les rencontres, discussions et relations “IRL”* vont-elles disparaître au profit de leurs homologues digitaux ? Face à ces questions quelque peu pessimistes, il nous semble important de préciser quelques points.

Les média sociaux sont, comme leur nom l’indique, des média

S’il est facile de leur reprocher l’individualisme de nos sociétés et l’amenuisement du lien social qu’on constate dans les pays occidentaux, on réalise vite que ce phénomène ne date pas de l’apparition de Facebook ou Twitter. Les réseaux sociaux ne sont que des véhicules, des moyens de communication, incapables de prendre des décisions par eux-mêmes. Ce sont leurs utilisateurs qui sont responsables de leur comportement online et offline. C’est à eux que revient la décision d’en faire des outils de socialisation, leur permettant de tisser de nouveaux liens ou renforcer des relations existantes, ou bien de les utiliser comme des plateformes coupées de la réalité qui viendraient se substituer à leur vie offline.

On en fait l’usage qu’on souhaite

Les concepteurs de ces réseaux sociaux sont très au fait de ces critiques et s’efforcent de proposer toujours plus de possibilités de personnaliser son usage afin qu’il s’adapte à notre préférence. Facebook permet par exemple désormais de personnaliser davantage ce qu’on voit dans notre fil d’actualité, en lui indiquant qui on souhaite suivre en priorité (en lui attribuant une étoile), et qui ne nous intéresse pas, en masquant les posts de certains contacts sans les retirer de sa liste d’amis pour autant. Twitter, quant à lui, offre la possibilité de regrouper les personnes qui nous intéressent en listes afin de pouvoir récupérer l’information pertinente plus rapidement. Si vous n’êtes pas familier avec cette pratique, il vous suffit de suivre les étapes suivantes : 

Cliquez sur le petit rouage à côté de la mention « Abonné »

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Choisissez l’option « Ajouter ou retirer de vos listes… »

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Si vous avez déjà créé des listes, sélectionnez-en une, sinon, cliquez sur « Créer une liste »

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Ces nouvelles fonctionnalités vont dans le sens d’une meilleure maîtrise de l’usage des réseaux sociaux, pour qu’il soit moins invasif et plus pertinent. Libre à nous d’adopter ces nouveaux modes d’utilisation et de faire des réseaux sociaux des outils de socialisation à part entière, car s’ils peuvent être érigés en temples de l’amour-propre, ils peuvent également permettre de rencontrer de nouveaux amis, voire de nouveaux partenaires amoureux si l’on en croit le développement éffréné des applications comme Tinder.

Ils font aujourd’hui partie intégrante de nos vies

Tout comme la radio, la télévision et le téléphone à leurs débuts, les réseaux sociaux essuient aujourd’hui de nombreuses critiques. Ils n’en sont pas moins devenus indispensables pour une part croissante de la population et seront là pour un moment. Plutôt que de céder au discours alarmiste qui demeure quasi identique depuis l’invention de l’électricité et s’adapte à chaque innovation de rupture, mieux vaut s’interroger sur les aspects qui nous posent problème et mettre en place des stratégies pour les contourner. Les réseaux sociaux ont bien compris que leur avenir dépendait de leur capacité à répondre à ces frustrations et s’efforcent aujourd’hui de permettre à leurs utilisateurs de concevoir un espace personnalisé, moins chronophage et plus pertinent. 

*IRL = In Real Life


Pour aller plus loin :

Posté le 15 décembre 2015 dans #DigitalDetox

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